Il jette un rapide coup d'œil sur mon dossier.
— Bien… Je vois que vous faites des études d'histoire avec une option sciences ésotériques cette année. C'est parfait.
Oui et j'en suis très satisfait merci, je n'ai besoin de rien. Laissez-moi m'en aller et reprendre ma petite vie insignifiante.
— Voyons la suite…Vos résultats médicaux révèlent des troubles paniques avec agoraphobie, une tendance à la claustrophobie, un taux de paranoïa excessif... hum oui…
Meuh non… Je rougis sensiblement.
Il se penche vers son collègue de droite, qui après une réflexion rapide sur les lignes pointées du doigt, hoche la tête positivement. Le chef reprend :
— Vos tests moléculaires sont concluants, et le reste est tout à fait convenable… Et bien, je ne vois aucune raison de m'opposer.
S'opposer à quoi ?
Il se tourne promptement vers un individu sur sa gauche.
— Greffier, veuillez prendre note de la validation de ce cas.
Puis, se tourne vers un petit chauve à lunettes et lui signale de m'exposer la suite. Ce dernier saute sur sa tablette graphique, complètement exalté, comme s'il attendait ce moment depuis des
années, et qu'enfin ce grand jour était arrivé, lui injectant une décharge d'adrénaline sans commune mesure.
— Monsieur Balsamo, vous allez franchir un espace-temps révolu de cent années.
Quoi ? Ils vont m'envoyer dans le passé d'il y a cent ans !!!
Cela m'évoquait les locomotives d'antan. Une image en noir et blanc me vint à l'esprit.
— C'est à dire en 1997 exactement. Il n'y avait plus de machines à vapeur à cette époque !
Quoi ? Il entend mes pensées ou je suis tellement effaré que je me suis exprimé à haute voix sans m'en rendre compte ?
— Vous serez transporté dans notre propre cité, du temps où elle se nommait Paris.
Paris ? Ouaaah !
La pensée de découvrir Paris, notre ville mythique d'autrefois, me réjouit un bref instant, mais vraiment très bref, avant que la panique ne reprenne le dessus.
— Et puis, Monsieur Balsamo, ne voyez pas les choses qu'en noir et blanc, il y avait aussi la couleur à cette époque.
Quoi ? Ils voient ce qui se passe dans ma tête ?
— Oui, regardez derrière vous !
Je me retourne. Le mur dans mon dos leur sert d'écran géant où se projettent toutes mes pensées.
— Aaaaaaaaah ! C'est quoi ce cauchemar !!!
Je hurle comme un hystérique et me précipite vers les portes battantes, c'en est trop !
Je n'arrive pas à les ouvrir, elles n'ont pas de poignées pour les tirer et j'ai beau les pousser, même à coups de pied violents, elles ne s'ouvrent que dans un sens. Je plante mes ongles dans
l'interstice du milieu pour essayer de les agripper. Je n'arrive à rien, elles sont trop lourdes et je n'ai pas assez d'accroches. Et la porte du fond ? À l'instant même de ma réflexion, un
colosse très dissuasif, d'un mètre quatre-vingt-dix, se plante devant.
Manquait plus que le gardien du seuil !
Je m'étonne de pouvoir encore plaisanter dans une situation si désespérée. Quelque part, ça me réconforte de le savoir.
L'humour n'est-il pas la dernière porte de survie devant l'insoutenable ? Comme aimait le croire mon grand-père.
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