Des chocs contre le mur me réveillent en sursaut. Je suis un instant saisi d'effroi en découvrant mon environnement, je ne me suis pas encore fait à ce nouveau lieu, pourtant il va bien falloir
que je m'y habitue. Une voix peste derrière la cloison et les coups reprennent. Ce n'est pas la façon dont j'aurais rêvé pour faire connaissance avec le locataire d'à côté. Heureusement que ma
mansarde est en bout d'immeuble car les parois ne me paraissent pas très épaisses, je ne pâtis ainsi que du vacarme d'un seul voisin.
La journée semble bien entamée, j'ai dormi tard et suis un peu engourdi de tant de sommeil. Un coup d'œil par la lucarne m'informe que le soleil plane sur Paris. Je réfléchis à mon plan d'action
devant mon café sans grande motivation.
"Je suis tout ce qui fut, ce qui est, ce qui sera ; et aucun mortel n'a encore osé soulever mon voile."
J'ai beau ressasser la clé de ma présence ici, je suis devant une belle énigme et aucune piste pour en comprendre quoi que ce soit. Je soupire d'inquiétude. Il ne me reste plus qu'à m'en remettre
au hasard en espérant qu'il me soit favorable.
— Donne-moi tes secrets que je puisse rentrer chez moi, vieille cité !
Planté devant la fenêtre, j'espère un signe, un déclic, quelque chose qui m'aide. Seuls les pigeons roucoulent comme à leur habitude, d'un langage qui ne me parle absolument pas. Je décide de
sortir explorer la ville.
Dans le corridor, la porte de mon voisin est entrouverte, je m'approche et jette un regard curieux. Un énergumène surgit devant moi, moulinant l'air de ses bras, les cheveux sens dessus dessous
et les yeux vivement excités derrière ses lunettes.
— Il arrive ! Il arrive ! Qu'il me dit.
Oh non ! Je croyais que ce genre d'illuminé n'existait que dans les films. Il m'attrape par le coude et me pousse à l'intérieur. Un fatras d'ordinateurs, pièces informatiques et kilomètres de
câbles emplissent le lieu du sol au plafond.
— Il arrive !
Qu'il répète en me montrant des écrans où défilent des algorithmes sans fin. Je me doute qu'il fait référence à un messie rédempteur mais je me risque tout de même à lui demander :
— Mais qui ?
— Mais le bug de l'an 2000 bien évidemment ! D'où tu sors toi ?
J'éclate de rire. Je m'attendais à des élucubrations fantasques mais pas à celle-là !
— C'est la fin du monde ! L'apocalypse ! L'effondrement de la bourse, le chaos total dans les villes ! Toute notre civilisation est gérée par l'informatique. L'année du grand zéro, c'est sa fin,
l'entrée dans le néant ! Mais j'ai la solution, ces machines vont sauver le monde…
Il me désigne son matériel. Je continue à rire de plus belle à mesure de ses propos. Il s'arrête voyant que je ne le prends pas très au sérieux. J'en profite pour lui expliquer qu'il n'y aura pas
de bug en l'an 2000 et que la transition se passera sans encombre.
— Qu'est-ce t'en sais, toi ? Je suis ingénieur en informatique et médium de naissance, je sais des choses et je lis l'avenir jeune homme !
— Peut-être, mais moi je connais l'avenir car je suis l'avenir. Lui dis-je, rentrant dans son jeu.
— Vlà que tu vas me faire le coup de l'élu, l'envoyé de Dieu, l'omniscient incarné sur terre pour sauver les âmes perdues ! S'exclame-t-il.
Je ne peux pas m'empêcher de rire aux larmes.
— De toute façon, ce n'est pas toi, le vrai je le reconnaîtrais. Tu es le petit voisin ? Oui, oui, je savais que tu devais venir...
— Vous étiez au courant de ma venue ? Je redeviens sérieux.
— Bien sûr ! Je suis médium que je te dis ! Moi c'est Claudek, et tu peux me tutoyer, pas de ça entre nous. Veux-tu un café ?
J'accepte sans rechigner, peut-être est-il capable de m'aider malgré ses apparences de farfelu.
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