L'Enfant-Lune / Page 6

Publié le par Camille Butterfly


L’enseigne est allumée : « Théâtre du Passage ».
Je n’ose pas examiner l’affiche, s’il n’était plus dessus ? Seconde de vérité. Il est là, il n’a pas bougé ! Mon imagination se joue de moi.

— Kla Klong !

Quelque chose est tombée derrière les portes vitrées, une lumière s’allume trahissant une ombre fugitive. Mes ballerines sont trop lourdes pour me transporter dans une cachette et mes jambes s’entrechoquent prêtes à fléchir. Je virevolte la tête à droite, une petite porte s’ouvre laissant dépasser un sourire de jeune homme.

— Bonsoir ! C’est un peu tôt pour voir la pièce, elle ne débute que demain soir.

— Ah bon ? Balbutié-je.

— Tu veux rentrer ?

— Oui.

J'ai répondu machinalement. Masquant ma syncope, je le suis à l’intérieur.

— Moi c’est Marco, j’ai un petit rôle dans la pièce. En fait mon premier vrai rôle, alors je n’ai pas pu m’empêcher de venir passer la nuit ici, pour exorciser les lieux, je crois que j’ai le trac. Tu joues aussi ?

— Euh… ouais… avec une troupe itinérante mais ils sont repartis ailleurs, vers d’autres horizons. Je suis restée. Envie de m’installer.

Étant donné ce que j'ai récolté en confiant la vérité tout à l'heure, je risque une carte plausible, mais il m’écoute à peine. Je pourrais lui raconter n’importe quoi. Il gesticule de long en large sur la scène, plongé dans les orages de sa musique interne.

— Qu'est-ce que c’est magnifique le théâtre ! Toi, là au milieu du décor, et tous ces sièges…

— Vides. Lui dis-je platement.

— Vides ?

En fait, il écoute sans en avoir l’air !

— Je te parle de ma passion, des frissons, de la terreur qui te pénètre, lorsque pour la première fois tu fais tes pas sur les planches. Tu sais ce que c’est ? Une salle pleine ? T’imagines tous ces sièges remplis ! T’as déjà vécu ça, une salle pleine ? Ils sont là pour toi. Mais attention ! leur verdict peut t’assassiner sans un remords ou te glorifier DIEU des planches !

Le regard au ciel, il est en plein fantasme d'une belle mégalomanie totalement égocentrique. Je décide de le quitter, il n'y a pas de place dans cet univers, à part pour l'intéressé.

— Quand t’auras fini de te masturber du haut de ta tour, on pourra peut-être discuter, en attendant salut !

Il me rattrape.

— Attends…

Il fouille dans la poche arrière de son pantalon pour y prendre son portefeuille d'où dépassaient des entrées.

— Tiens une place pour demain, tu viendras m'applaudir !

Alors celui-là, il doit sûrement se contenter de balayer les planches et il se prend déjà pour Dieu et son fan-club ! Je prends tout de même son invitation.



Publié dans Nouvelle 1

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