— Une autre ! Une autre ! Une autre Grand-Père !
Leurs voix se mêlaient en accordance parfaite. Une harmonie exprimée dans un seul but : extirper de mes souvenirs un nouveau récit de mes aventures extraordinaires.
— J'ai bien un séjour qui me revient en mémoire sur une planète assez étrange, je pense qu'elle devrait vous amuser.
— Oui ! Oui ! Oui ! Répondirent mes trois bambins toujours en accord.
— Elle s'appelait Trimastria et se situait à l'extrémité du territoire Galacxia à des éons d'ici.
— Pourquoi parles-tu au passé, elle n'existe plus ? S'enquit l'aîné du trio.
— Si ! Bien évidemment. Mais puisque tout est en constante évolution, je ne sais pas si mes informations de l'époque sont toujours d'actualité. Tu es au courant Tommi, que rien ne se perd,
l'immortalité est universelle comme tu l'as appris dernièrement à ton cours supérieur des élémentaires.
— Oui bien sûr, je vérifiais si tu le savais ! Plaisanta mon petit-fils, tirant la langue, la tête dans les épaules.
Ce qui lui valut tout de même des coups de coude de ses cadets qui n'hésitaient pas à le remettre à sa place, dès qu'il faisait son fiérot d'avoir accès, grâce à son âge, aux connaissances
avancées.
— Tu peux continuer Grand-Père. Murmura Sambla, les bras croisés en position de petit empereur, bien décidé à garder la situation à l'abri des interruptions des importuns.
— La surface de ce monde était parsemée de constructions à la forme très singulière : des cheminées sorties du sol, comme auraient pu les provoquer des éruptions volcaniques, sauf qu'elles
s'élevaient filiformes vers le firmament, à des altitudes pour certaines hors de portée de la vue, pour être couronnées à leur sommet d'une boule volumineuse rayonnant des ondes colorées.
Un gémissement nous interrompit. Après une écoute affinée, on discerna une faible mélodie symphonique très typique qui ne trompait pas : c'était l'appel de mon grimoire. Pour une fois, j'avais
entamé mon récit sans sa participation, honteux de cet oubli, je pris mon fidèle compagnon, et le laissai se déployer de lui-même, tellement il était enthousiaste, à la bonne page où figurait les
illustrations de Trimastria.
— On disait que ces sphères vitreuses étaient le fluide vital de cette planète issu directement de ses entrailles pour resplendir à l'état pur. Cependant, chacune n'exprimait qu'une
caractéristique, ainsi elles se fardaient individuellement d'une seule coloration aux nuances chatoyantes.
Je marquai une pause afin d'observer mes petits-enfants, soucieux que j'étais de leur silence irréprochable, Sambla était-il si redoutable ? Ils relevèrent à peine les yeux vers moi, trop
absorbés par mon histoire, je fus soulagé que leur mutisme soit dû à ce motif. Ne voulant pas les déranger davantage dans leur contemplation, je poursuivis :
— Mon étonnement ne s'arrêtait pas qu'à ces tours vertigineuses, les habitants étaient tout aussi surprenants. Leurs corps longilignes semblaient s'étendre à l'infini dans leurs moindres
mouvements, et au-dessus de leurs têtes se dessinait un cône vaporeux s'effilochant vers les profondeurs du ciel.
J'avais à peine terminé ma phrase que ma petite tribu s'éparpilla en allusions plus folles les unes que les autres, qui les mettaient sens dessus dessous tellement cela les amusait.
— Aaaah ils suaient des cheveux !
— Mais non, ils avaient le cerveau en ébullition !
— Ils partaient en fumée à trop réfléchir !
— Je me doutais bien que cette contrée vous plairait, mais écoutez la suite… Leur cerveau agissait à l'identique d'un centre de traitement leur permettant de capter leur source-principe, d'où
cette forte concentration d'énergie visible au-dessus de leur crâne, puis ils la propageaient tout autour d'eux sur leur environnement.
— Leur esprit n'était pas localisé dans leur corps ?
— Il flottait à l'extérieur d'eux ?
— Plus exactement au-dessus de ces architectures originales !
— Tu veux dire, dans les grosses boules lumineuses ?
— Mais Grand-Père, si ces émanations circulaires étaient l'essence de la planète, alors chaque individu était directement en contact avec elle ? Avec la source même de leur planète ?
— Oui, tout à fait ! Mais cette énergie se différenciait en plusieurs aspects, d'où ces diverses sphères colorées, et pour chacune, était rattaché un groupe d'habitants qui en manifestait la
caractéristique associée. J'ai d'ailleurs une anecdote cocasse à ce sujet : dès mon arrivée, j'avais lié une très grande amitié avec le clan de la sphère jaune, j'aimais leur chaleur souriante et
si accueillante. Lorsque je suis revenu pour les saluer, un jour que je faisais une traversée près de leur galaxie, j'ai été très surpris de les trouver en êtres méthodiques et techniques à
l'extrême. Ils avaient migré sous la sphère argentée, d'où ce changement ! Chose que je ne savais pas : ils passaient par toutes les myriades de couleurs successivement afin de toutes les
expérimenter et acquérir ainsi une connaissance complète.
Je m'esclaffai bruyamment de cette ignorance, contrairement à mes auditeurs restés de marbre, et même à la limite de remontrances sur ma réaction stupide à leurs yeux.
— J'ai eu une bonne blague, non ? M'enquis-je timidement.
— Tu te fais vieux Grand-Père ! Souffla Sambla.
— Oui tu te fais vieux ! Soupira Tommi.
— D'accord aussi ! Termina Piétro.
J'avais oublié cette fraîcheur de l'âge qui ne sait pas mentir !
— Mais on t'aime comme ça Grand-Père ! Hurla en cœur le trio, avant de s'attaquer à la montagne que j'étais pour la couvrir de câlins.
FIN
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